Love Is A Verb est d'abord une exposition avant d'être une gamme : en 2018, Tatiana Brodatch installe pour Seletti trente-cinq figurines de pâte à modeler sur un lit, accompagnées d'une projection en stop-motion, à Milan puis à Paris. Les pièces éditées reprennent ces modèles et en gardent la fab...
Love Is A Verb est d'abord une exposition avant d'être une gamme : en 2018, Tatiana Brodatch installe pour Seletti trente-cinq figurines de pâte à modeler sur un lit, accompagnées d'une projection en stop-motion, à Milan puis à Paris. Les pièces éditées reprennent ces modèles et en gardent la fabrication apparente : la surface reste irrégulière, les têtes sont laissées sans traits, et c'est la posture des corps qui porte toute la scène. Seletti décrit l'ensemble de la série comme des sculptures en résine, un matériau qui permet de couler le modelé sans avoir à le lisser. La plupart des références sont vendues par deux : ce que l'on achète n'est pas une figurine mais une situation : deux personnes qui se portent, s'emboîtent ou se détournent, d'où le titre, l'amour pris comme un verbe et non comme un état. Les formats vont de quelques centimètres de haut à une trentaine de centimètres de long, ce qui les destine à une étagère, une console, un bureau, plutôt qu'à une table basse de passage : ce sont des objets qui se regardent de près.
Maya & Sofia est un set de deux statuettes, et l'une des deux scènes couchées de la série : le tarif de l'éditeur la donne pour cinq centimètres de haut sur vingt-deux de long, quand les deux autres duos de la série se tiennent debout. C'est ce qui décide de l'endroit où la pièce peut vivre : une scène debout occupe une niche, une scène couchée demande une surface libre et se regarde du dessus, sur une table de chevet, un rebord de fenêtre ou une pile de livres, pas dans une bibliothèque à tablettes rapprochées. La série ne s'arrête d'ailleurs pas aux statuettes : le tarif référence aussi trois luminaires de la même main, en résine et métal, où les mêmes corps portent la source lumineuse.
Pourquoi ces visages sans traits
L'absence de visage n'est pas un raccourci de fabrication mais le sujet même du travail. Seletti en donne cette formule sur ses fiches produit : « des visages sans traits, avec les regards les plus pénétrants », où les doutes et les hésitations propres à la nature humaine deviennent tangibles par le seul contour du corps. Concrètement, rien n'oriente le spectateur vers une identité : c'est la position des deux corps qui raconte, et chacun y met ce qu'il veut. C'est aussi ce qui permet à ces pièces de vieillir sans se dater.